Compositeur

Portrait du compositeur Ernest Bloch / Source : Collections digitales de la Bibliothèque du Congrès (Library of Congress, Washington D.C.) Crédit photographique : Bain News Service, 1918
* 24.07.1880 à Genève, † 15.07.1959 à Portland (Oregon, USA), isr., de Lengnau (AG), citoyen étasunien dès 1924, fils de Maurice (originellement Meier), commerçant, et de Sophie née Brunschwig (Braunschweig) ⚭ 1904 Margarethe Augusta Schneider, pianiste. Père de Ivan, ingénieur, Suzanne, claveciniste, luthiste et professeure de composition à la Juilliard School de New York, et Lucienne, photographe.
Né dans une famille juive bourgeoise, Ernest Bloch est initié à la musique dès l’âge de neuf ans. Il étudie le violon chez Albert Gos et Louis Rey ainsi que le solfège et la composition auprès d’Émile Jaques-Dalcroze dans sa ville natale. Il poursuit ses études musicales à Bruxelles où il est l’élève d’Eugène Ysaÿe pour le violon, de François Rasse pour la composition et de Franz Schörg pour le violon et la musique de chambre. Il complète sa formation de compositeur auprès de Iwan Knorr à Francfort-sur-le-Main et à Munich chez Ludwig Thuille. Après une année passée à Paris où il rencontre notamment Claude Debussy, il retourne à Genève où il épouse Margarethe Augusta Schneider, pianiste originaire de Hambourg dont il a fait la connaissance à Francfort, et travaille comme comptable dans l’entreprise familiale, un magasin de souvenirs suisses, tout en composant. La création partielle, à Bâle, de sa première symphonie en 1903 est un échec. Avec l’orchestre de Lausanne, il dirige plusieurs concerts d’abonnement à Neuchâtel et à Lausanne et donne des cours d’esthétique musicale au Conservatoire de Genève. Il crée son unique opéra, Macbeth, à Paris en 1910. Celui-ci est froidement reçu par la critique française. En 1915, il propose sa candidature au poste vacant de chef d’orchestre des concerts d’abonnement de Genève mais est supplanté par son ancien élève Ernest Ansermet. Il entreprend alors une tournée aux États-Unis avec la compagnie de danse de Maud Allen (1916). Malgré la fin prématurée de celle-ci, la création de son premier quatuor à cordes par le Quatuor Flonzaley à New York remporte un grand succès et suscite un vif intérêt pour sa musique aux États-Unis. Ses œuvres sont jouées à Boston, New York et Philadelphie et il signe un contrat avec l’éditeur Rudolf Schirmer pour la publication de ses compositions. En 1917, il devient instituteur à la David Mannes School à New York où il enseigne la théorie et la composition musicale. De retour en Europe, il décide de s’établir avec sa famille aux États-Unis. Il participe à la création de l'Institute of Music de Cleveland dont il devient le premier directeur de 1920 à 1925. Il y anime notamment un cycle de conférences pour amateurs et donne plusieurs masterclasses (pédagogie, harmonie, contrepoint, forme, fugue, etc.). Il prend la nationalité américaine en 1924 et est nommé à la tête du conservatoire de San Francisco qu’il dirige de 1925 à 1930 tout en continuant à enseigner. Il reçoit le Prix Carolyn Beebe décerné par la New York Chamber Music Society pour ses Four Episodes pour orchestre de chambre (1926), le premier prix d’un concours musical parrainé par le magazine Musical America pour sa rhapsodie pour orchestre en trois parties, America, an Epic Rhapsody (1926-27) ainsi qu’un prix RCA Victor pour Helvetia, fresque symphonique pour orchestre (1929). Ayant obtenu une bourse, il revient pendant quelques années en Suisse où il s’installe à Roveredo (TI). De cette époque date la composition de son Service Sacré, basé sur des textes tirés du livre de prières juif réformé. Cependant, en raison de la montée de l’antisémitisme en Europe, il émigre définitivement aux États-Unis en 1938 et accepte un poste de professeur de musique à l’Université de Berkeley en Californie où il donne principalement des cours d’été. Il reçoit la première médaille d’or de musique décernée par l’Amercian Academy of Arts and Letters (1947) pour son Quatuor à cordes n°2 ainsi que la Médaille Henry Hadley décernée par la National Association for American Composers and Conductors (1957). À sa retraite en 1952, il se retire dans sa résidence à Agathe Beach dans l’Oregon où il meurt en 1959 des suites d’un cancer.
Comblé d’honneurs et lauréat de nombreux prix, Ernest Bloch a fortement marqué la vie musicale américaine de son temps; il y est généralement considéré comme le quatrième «B» après Bach, Beethoven et Brahms. S’il est, de nos jours, un compositeur reconnu aux États-Unis, ses œuvres sont, par contre, très largement oubliées en Europe. Sa première période créatrice, d’inspiration nettement postromantique (Debussy, R. Strauss, Mahler, Bruckner, etc.), culmina avec la création de son opéra Macbeth. Il composa ensuite une série d’œuvres inspirées par la foi hébraïque, connue sous le nom de «cycle juif», parmi lesquelles figurent les 3 Poèmes juifs pour orchestre (1913), la rhapsodie hébraïque pour violoncelle et orchestre Schelomo (1915-16), la Symphonie n°2 «Israël» pour 5 voix solistes et orchestre (1912-1916), Baal Schem (1923) pour violon et orchestre (ou piano) et Voix dans le désert pour orchestre avec violoncelle obligé (1936). Dans sa quête d’une musique hébraïque, Bloch a cherché à traduire l’identité profonde du peuple juif en incorporant dans ses compositions des éléments stylistiques de la musique traditionnelle juive, plutôt que des mélodies préexistantes, associés à sa sensibilité personnelle. Par la suite, sa musique s’est diversifiée du point de vue stylistique, perdant généralement de sa subjectivité et expérimentant avec des techniques de compositions d’avant-garde tels que l’emploi de quarts de ton ou de séries (dans les quintettes pour cordes). En tant que pédagogue, Bloch contribua largement à former une nouvelle génération de compositeurs américains, sans pour autant fonder de nouvelle école compositionnelle. Parmi ses nombreux élèves, on citera notamment Roger Sessions (1896-1985), Douglas Moore (1893-1969), Bernard Rogers (1893-1968), Randall Thompson (1899-1984), Jean Binet (1893-1960), Frederick Jacobi (1891-1952), Quincy Porter (1897-1966), Ernst Bacon (1898-1990), Herbert Elwell (1898-1974), Isadore Freed (1900-1960), Ray Green (1908-1997) et George Antheil (1900-1959). À côté de ses activités musicales, il s’adonna également durant toute sa vie à la photographie en tant qu’amateur.
Titre de l’œuvre (auteur du texte mis en musique) instruments (date de composition) [éditeur, date de publication] Bibliothèque ou institution dans laquelle se trouve le manuscrit (numéro d’identification du manuscrit ou cote) Lien
Ce n'est pas d'une audace banale, ni d'un courage indifférent, pour un musicien qui débute, que de s'être attaqué, comme coup d'essai, à l'un des plus formidables drames de Shakespeare, et qui plus est, à l'un de ceux qui paraissent le moins faits pour la scène lyrique et qui y ait le moins réussi.
Mais M. Ernest Bloch, de Genève, élève de MM. Jaques-Dalcroze, Rasse, Knorr,… élève surtout, par l'admiration et l'imitation, des Max Schillings et des Richard Strauss, a déjà montré une initiative et une énergie peu communes. On connaît encore peu de choses de lui, mais on sait que sa musique symphonique a produit quelque impression, et qu'il est de ceux qui prétendent mettre de la pensée dans leurs inspirations sonores, évoquer (dit-il) « la polyrythmie de la psychologie ». Et le but est si noble, qu'on peut tenir compte de l'effort de celui qui l'a poursuivi, même s'il ne l'a pas atteint. […]
A ne se placer qu'au point de vue de la transposition musicale tentée par M. Bloch, on doit reconnaître que plus d'un effet est heureusement rendu, que les personnages sont caractérisés en général avec justesse. […]
En somme, une impression forte, mais qui s'émousse à trop d'insistance. Puisqu'il voulait tout dire et tout exprimer, les choses et les pensées, les crimes et leurs mobiles, M. Ernest Bloch se butait nécessairement à cet obstacle. Pour traduire Macbeth, un génie égal y suffirait-il ? La preuve n'est pas faite. En tous cas, M. Bloch n'a pas encore du génie ; il n'a que de la volonté et de l'énergie... Mais c'est bien quelque chose.
Curzon, Henri de, « Macbeth de M. Ernest Bloch à l'Opéra-Comique de Paris » Le musical : revue internationale de la musique et des théâtres, vol. 56 n°49 (1910), pp. 794-795.
Among the European musicians who have made the United States their home, Ernest Bloch is a unique figure. Not only is he, aesthetic controversies aside, indubitably of the first rank; he has gone farther than any other in a conscientious effort to identify himself with our musical life and future. His part has been a more active one than that of an independent purveyor musical wares. As musical director of the Cleveland Institute of Music, and later of the San Francisco Conservatory, he has established himself in the country at large as an important influence in our artistic development, and has at the same time acquired an intimate knowledge of “American musical life”: that odd conglomerate of women’s clubs, music “weeks”, music memory contests, and other earnest efforts of which the average composer remains in happy ignorance. It was in the United States, moreover, that his most mature work first gained performance and recognition. Thus it is not merely through his assumption of United States citizenship that we are privileged to consider him as an American musician, and to regard his personality and achievement as in a most real sense identified with the development of music in his adopted country.
Sessions, Roger, « Ernest Bloch [1927] » in « Roger Sessions on Music: Collected Essays », Princeton, Princeton University Press, 1979, p. 329.
Oscar Wilde has said, “Nothing is so dangerous as being too modern. One is apt to grow old-fashioned quite suddenly”. One could wish that many contemporary artists, painters, litterateurs, as well as musicians, would think that sentence over. Too many people are carried away by the assertions of critics and artists, who make such radical discrimination between what is modern and what is not, and it is a matter to make one smile when a few of them attribute such exaggerated importance to the wholetone scale (already, indeed, very old-fashioned today) and ascribe its invention, gratuitously and erroneously, to Debussy, when we find its principle almost systematically developed in Liszt and its germ already in Bach.
Personally, I can hardly make any distinction, any real historical distinction, between what is modern and what is not. What seemed modern yesterday seems classical today. I remember how people reacted to Richard Wagner only thirty years ago; how the Prelude of Tristan, for instance, sounded to all of us, and how it sounds to us now that we have become accustomed to it – perfectly classical and tame. I remember the terrific struggle against Debussy, only twenty years ago, and the fights I personally had with excellent and cultured musicians, who denied any artistic value to the message of this master, when I tried to convince them that his music was as legitimate and as logically constructed as any other. But prominent critics, still living today, denied him melody, harmony, or rhythm, and accused him of having “deliberately suppressed” these essential elements of music.
Bloch Ernest, « What is modern music? », Music Supervisors’ Journal, vol. 10, n°4, 1924, p. 46.
It is not my purpose, not my desire, to attempt a ‘reconstitution’ of Jewish music, or to base my works on melodies more or less authentic. I am not an archæologist. I hold it of first importance to write good, genuine music, my music. It is the Jewish soul that interests me, the complex, glowing, agitated soul, that I feel vibrating throughout the Bible; the freshness and naïveté of the Patriarchs; the violence that is evident in the prophetic books; the Jew’s savage love of justice; the despair of the Preacher in Jerusalem; the sorrow and the immensity of the Book of Job; the sensuality of the Song of Songs. All this is in us; all this is in me, and it is the better part of me. It is all this that I endeavor to hear in myself and to transcribe in my music: the venerable emotion of the race that slumbers way down in our soul.
Traduction anglaise d’une lettre (perdue) d’Ernest Bloch à Philip Hale, rédacteur des programmes de concert du Boston Symphony Orchestra, figurant dans le programme du premier concert symphonique aux États-Unis de Bloch (Burk, John N. « Philip Hale’s Boston Symphony Programme Notes », New York, Doubleday, Doran & Company, inc., 1935, p. 68).
David Hofstetter: "Bloch, Ernest", in: Musiklexikon der Schweiz, Version vom: 11.03.2026. Online: http://mls-dms.ch/view/bloch-ernest-M3J1. Konsultiert am 28.03.2026.