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Breittmayer, Maggy

Violoniste

Maggy Breittmayer. Photo: Boissonnas. Bibliothèque de Genève.

*02.09.1888 à Genève, †06.05.1961 à Genève, protestante, de Genève. Variante du nom: Breittmeyer. Fille d’Henri Jean, juge assesseur et conseiller d’État, et d‘Olga Amélie, née Soltermann, femme au foyer. Célibataire, sans descendance.

Maggy Breittmayer commence son apprentissage du violon auprès de Louis Rey ainsi que d’A. Buyssens à l’École artistique de violon de Genève. Elle se forme ensuite auprès d’Henri Marteau au Conservatoire de Genève et obtient un diplôme de virtuosité en 1907. Deux ans plus tard, Breittmayer reçoit une bourse de l’Association des musiciens suisses qui lui permet de compléter sa formation musicale auprès de Carl Flesch à Berlin en 1909. Cette année d’études à l’étranger constitue une exception dans le cursus de formation d’une musicienne, tant il est alors inhabituel qu’une jeune femme soucieuse de sa réputation vive seule, à l’étranger qui plus est. Une hypothèse est qu’elle ait été accompagnée par un membre de sa famille durant son séjour berlinois. En 1909 également, elle devient professeure suppléante au Conservatoire de Genève. Elle entreprend une carrière de soliste au cours de laquelle elle joue à Paris durant la saison musicale de 1911-1912, aux Pays-Bas en 1913 et à Berlin en 1914. La Première guerre mondiale vient interrompre son élan de soliste mais reprend en 1922, avec une tournée de concerts en Espagne. Enseignante, elle est très exigeante avec ses élèves, tout en les encadrant avec bienveillance. Dans les années 1940 et 1950, elle animera des émissions de radio et jouera sur les ondes, mais aucun enregistrement n’a été conservé aux archives de la Radio Suisse romande.

Breittmayer contribue à mettre en valeur la musique de compositeurs et de compositrices suisses et notamment genevois: William Bastard, Volkmar Andreae, Othmar Schoeck, Friedrich Hegar, Joseph Lauber et Marguerite Roesgen-Champion ou encore Émile Jaques-Dalcroze, dont elle était l’une des interprètes favorites. Breittmayer participe aux fêtes de l'Institut Jaques-Dalcroze en 1917, où sont données une série de pièces pour violon et piano, pour la plupart adaptées de seize Plastische Studien pour piano de Jaques-Dalcroze. Elle participe aussi à la création de la première sonate pour violon et piano de Frank Martin lors de la fête de l'Association des musiciens suisses de 1915, à Thoune. Henri Gagnebin lui a également dédié des œuvres pour violon et piano. Une longue amitié lie la violoniste à Roesgen-Champion, avec qui elle se produit en public et qui lui dédie plusieurs œuvres. Nées à six ans d’intervalle (1894 pour Roesgen-Champion), elles appartiennent toutes deux à la première génération de musiciennes professionnelles suisses formées dans le pays et qui ont effectué une carrière internationale.

Il existe une ambiguïté autour de l’implication de Breittmayer dans la fondation de l’Orchestre de la Suisse romande (OSR). Alors que dans un avis mortuaire, on lit qu’elle en a été un membre fondateur en 1918, son nom n’apparaît dans les archives de l’OSR qu’à partir de 1927, à l'occasion des représentations de la Walkyrie et de Siegfried de Richard Wagner (25-31 mars), où elle est indiquée dans la plaquette de concert au registre des premiers violons. Elle est citée en tant que troisième premier violon solo de l’orchestre jusqu’en 1932. Les programmes plus tardifs ne mentionnent plus que les premier et deuxième solistes des premiers violons, où elle ne figure pas ; par conséquent, son implication dans l’orchestre après 1932 est incertaine. Elle figure à nouveau – et pour une dernière fois - dans la liste des effectifs de la saison 1939-1940. En revanche, elle a joué en tant que soliste avec cet orchestre le 2 septembre 1946, interprétant la Sérénade concertante pour violon et orchestre du compositeur français Marcel Delannoy.

En l’absence de fonds personnel, la vie de Maggy Breittmayer est documentée essentiellement par des annonces de concerts. Sa vie privée demeure dans l’ombre, tout comme ses motivations et influences. Elle jouait sur un violon Guadagnini fourni par le luthier genevois Vidoudez et elle était amatrice et collectionneuse de sculptures ainsi que de peintures.

Violoniste connue et reconnue en Suisse romande et à l’étranger, notamment à Berlin et aux Pays-Bas où elle a joué en soliste durant une partie de sa carrière, elle est connue pour un style de jeu sûr, une grande technique, un son raffiné ainsi que pour ses efforts pour respecter l’intention des compositeurs. Dotée d’un charactère autoritaire, rigoureux et ambitieux, elle est une figure rare de violoniste célèbre en Suisse dans un contexte majoritairement masculin et souvent fermé aux femmes.

Depuis 2001, une rue du Schweizer Viertel [quartier suisse] de Berlin porte son nom. Le prix Breittmayer pour violonistes au Conservatoire de Genève est instauré peu après sa mort à la suite d'un don de sa part; il est toujours attribué annuellement par l’actuelle Haute école de musique de Genève.

En 2019, dans le cadre du projet «100Elles*» qui rebaptise temporairement 100 rues de Genève, la rue Général-Dufour devient la rue Maggy-Breittmayer. La Ville de Genève dépose ensuite une demande officielle pour attribuer à Maggy Breittmayer l’actuelle rue Frank-Martin; cette demande est rejetée par le Canton.

Autori/autrici: Marin Gaillard, versione del 03.09.2026

Fonds/Sources

  • Fondation de l’Orchestre de la Suisse romande, Genève; archives entre 1900 et 1961.
  • Lettre de Maggy Breittmayer à son élève Liliane Aleinick, Zermatt, 20.07.1947 (?); propriété privée.

Bibliographie

  • BURDET Jacques, La musique dans le canton de Vaud (1904-1939), Lausanne: Payot, 1983.
  • FORNEROD Aloys, «Chronique musicale. Mmes Maggy Breittmayer et Germaine Vaucher-Clerc», Tribune de Lausanne, 04.12.1945, p. 3.
  • MINDER-JEANNERET Irène, Femmes musiciennes en Suisse romande, Yens sur Morges: Cabédita, 1995.
  • MINDER-JEANNERET Irène, «Breittmayer, Maggy», in Dictionnaire historique de la Suisse, 2003, https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/044305/2003-01-08/.
  • MINDER-JEANNERET Irène, «Maggy Breittmayer», in DEUBER ZIEGLER Erica et TIKHONOV Natalia (dir.),Les femmes dans la mémoire de Genève, du XVe au XXe siècle", Genève: Suzanne Hurter, 2005, p. 198-199.
  • MONOD Edmond, «La musique en Suisse», La vie musicale, n° 11, 1911, p. 432-436.
  • PIGUET Alfred, «Échos et nouvelles: Suisse», La vie musicale, n° 3, 1914, p. 88-93.
  • TAPPOLET Claude, La vie musicale à Genève au vingtième siècle, t. I, 1918-1968, Genève: Georg, 1979.

Égodocument

 «Enfin, n’oublie pas que la vraie technique du violon, c’est de jouer tout ce qu’on travaille avec une justesse parfaite et une sonorité toujours jolie. Si un vilain son sort de ton violon (je pense à certaines doubles cordes de la seconde page de Haydn!), c’est que tu n’as pas su t’y prendre comme il fallait. Ce n'est pas la faute d'un mauvais génie! Cherche la cause jusqu’à ce que tu la trouves: c’est là tout le secret d'un travail vraiment utile.» (lettre de Maggy Breittmayer à son élève Liliane Aleinick, Zermatt, 20.07.1947 (?); propriété privée)

Témoignages

«Son respect de la pensée des compositeurs, ses efforts pour comprendre à fond les œuvres dans leur synthèse et dans leurs détails, son dédain de l’effet facile, la sûreté de sa technique, et par-dessus tout le son exquis qu’elle tire de son instrument font d’elle une des plus intéressantes violonistes que je connaisse.» (MONOD 1911, p. 433)

«Mlle Maggy Breittmayer, la jeune violoniste qui professe au Conservatoire de Genève, vient de remporter de nouveaux succès en Hollande où les critiques les plus éminents rivalisent d'éloges pour la ‘nouvelle étoile au ciel des violonistes’ et vantent ‘son jeu très sûr, très ferme, sans aucune affectation’. Les 20 et 23 mars, Mlle Breittmayer donnera deux concerts à Berlin où nous lui souhaitons un même succès.» (PIGUET 1914, p. 88)

«Mlle Maggy Breittmayer a un jeu à la fois très souple et très précis, une sonorité pleine de charme, et montre une ferveur disciplinée dont l'effet est du meilleur goût, c'est une admirable violoniste, à laquelle le public de la Suisse romande doit de la reconnaissance pour une activité musicale féconde.» (FORNEROD 1945, p. 3)

Citazione suggerita

Marin Gaillard: "Breittmayer, Maggy", in: Dizionario della musica in Svizzera, Versione del: 03.09.2026. Online: http://mls-dms.ch/view/breittmayer-maggy-hua9. Consultato il 05.09.2026.